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04/03/2013

Nouvelle : Poussière tu retourneras

 

Dans ce numéro à travers 5 pages (soit, aux pages 5, 6, 11, 12 et 17) nous étalons la moitié d’une Nouvelle Littéraire sélectionnée en avril 2010 au Prix Littéraire Mark Twain organisé par l’Ambassade américaine à Kinshasa. Sur les 5 pages précitées le texte ci-dessous ne reprend que le contenu des 4 pages, vous pouvez obtenir la cinquième page en vous procurant simplement le magazine dans le point de vente qui vous est proche, soit aussi en nous contactant par notre mail (amisbonnecom@gmail.com) ou en nous appelant au téléphone au 00243811480557. Pour la Nouvelle nous pourrons même vous envoyer l’intégralité. Bonne lecture…

 

Bref résumé : l’auteur veut à travers cette histoire veut remettre sur la place publique  l’épineuse question d’érosion vue sous un angle pas très catholique.

 

 

 

Rue Notable…Habitation 555…Parcelle Tramotina…Sous-quartier Verckys…Quartier Binza-Upn. Tout ce tas de références éponymes ou empruntées coalisaient comme les lignes de sa main pour dire son avenir de l’heure à Madjepi. Le sort cruel qui pesait sur lui était pareil à celui d’un mari malheureux dont le tort serait de n’avoir  pas payé les articles majeurs de sa liste de dot. Pourtant, en acquérant sa terre Madjepi s’était ingénié à s’acquitter de toutes ses tribus, surtout celles des ancêtres. On dirait que ceux-ci,  non satisfaits des noix de kola offertes lavaient à grande eau sa terre, un peu pour le déloger jusqu’à tel pont que Madjepi se le demanda , comme en couplet de la chanson Nakomitunaka s’il n’avait pas été abusé par le chef coutumier qui lui aurait vendu un terrain si pourri.

 

    Oui, ce fut bien un chef coutumier - un vrai- qui avait commercé avec Madjepi. Toque de bouc sur la tête, les hanches ceintes par un pagne de jute et tenant en main un chasse-mouches. En pleine capitale cela serait un peu pour rappeler que Kinshasa n’était au départ qu’un village dont la modernisation n’avait pu balayer la souche autochtone. Celle-ci bien que reléguée dans les périphéries de la ville-province n’en déploie pas moins ses atours ancestraux. Des chefferies traditionnelles y dictent leur loi, allant jusqu’à fouler aux pieds la loi du 20 juillet 1973 qui stipule que le sol et le sous-sol appartiennent à l’Etat et que les chefs coutumiers ne peuvent vendre un terrain. Madjepi avait été  bel et bien servi par son chef coutumier lequel habitait d’ailleurs un taudis misérable malgré l’argent des parcelles qu’il continuait de vendre. Le type  avait rassuré que depuis qu’ils bénéficiaient d’une campagne antiérosive le secteur était à l’abri du fléau d’érosions d’autrefois, et que en plus, la concession vendue n’était pas aussi sur un axe exposé. À Madjepi qui avait marre des tracasseries de la vie locative il n’en avait pas fallu plus pour le décider à racler ses maigres économies et s’offrir un bout de propriété bien à lui. Il avait versé cash son argent au chef coutumier qui, analphabète,  ne fit qu’apposer son royal contreseing à l’acte de vente rédigé et signé en premier par Madjepi lui-même, ensuite contresigné par l’agent immobilier qui avait mené les débats. Le chef avait par après fait une libation de vin de palme, mâché et craché de la noix de kola en débitant une incantation poussive. En déployant un rouleau de gros fils en nylon le souverain avait opéré les mesurages nécessaires pour saucissonner sa propre propriété comme avec une machette Tramotina  et en avait cédé la tierce tranche à Madjepi. La deuxième tranche de parcelle Tramotina(c’est ainsi que certains nomment ces bouts des parcelles morcelées) ayant été vendue à un autre. L’affaire était dans le sac. Du moins pour le chef coutumier aux yeux de qui Madjepi pouvait désormais dormir sur ses deux oreilles.

 

    S’il ne s’agissait que de dormir…

 

    Sur son lit noyé et confondu dans la noire obscurité, Madjepi dormait les poings fermés comme s’il rêvait de combat. Il fut réveillé en sursaut par un flash tranchant qui avait frustré dans leur indolente intimité ses paupières clauses. C’était la piqûre lumineuse qui le fit bondir. Il ne réalisait pas encore ce qu’il en était au juste quand un deuxième éclair le fusilla mêmement. Madjepi qui habitait à peine le lieu avait constaté que sur le toit une petite fuite filtrait des pinceaux lumineux tant du soleil que ceux de la lune, et, amusé il s’était pris à l’appeler son « étoile » ; son « étoile » qui lui souriait, le bordait avant de dormir et le veillait. L’éclatement d’un tonnerre assourdissant ouvrit aussitôt les oreilles de Madjepi au martèlement furieux de la pluie sur le toit  ainsi qu’à l’hurlement d’un vent à tout casser, un vent à tout emporter.

 

    Il pleuvait à verse. On était à avril, la dent de la saison pluvieuse, le pic de la pluviométrie dans la région kinoise. A peine assis sur son lit Madjepi perçut un sourd grondement s’accompagnant d’un indicible dénivellement qui fit vaciller l’habitation toute entière.

 

    «  Qu’est-ce… ? »

 

    Mal réveillé tel un oiseau dans un nid en flamme Madjepi ne réagit plus que par réflexe, par instinct. Ses idées bégayaient… et n’achevaient pas de cuire dans le magma où elles mijotaient encore. L’esprit en feu Madjepi cingla vite vers la porte qu’il fracassa presque pour sortir.

 

    Du ciel tombaient des seaux d’eau. Et, une fois dehors Madjepi fut accueilli par une bourrasque majuscule qui lui brouilla la vue, mais au travers du rideau de transparence glauque l’énormité du désastre qui s’étalait devant était telle que même un myope ne pouvait s’y méprendre : une érosion qui ne disait pas son nom. La terre s’ouvrait affreusement à quelques cinq ou six pas d’homme. La conscience de cet effroi finit par dégriser et réveiller complètement Madjepi qui, dans un clin pêcha la pelle derrière la porte pour se lancer à l’assaut de ce gigantesque déchaînement des éléments. L’eau qui avait ouvert sa brèche s’y engouffrait comme à travers le lit d’une rivière de toujours.

 

    On croirait qu’un invisible entonnoir géant était tendu au ciel pour recueillir tout ce torrent et l’orienter contre la propriété de Madjepi. Pourtant ce terrain n’était pas sur la trajectoire indiquée des eaux de pluie. Celles-ci, dans ce secteur empruntent d’habitude des pistes piétonnes ou les crevasses des vieilles érosions envahies de végétation hirsute. En rigole impétueuse elles serpentent ensuite abruptement, dangereusement avant de mourir au plus bas, salissant une eau limpide issue d’une fontaine naturelle et qui parcourt une sorte de vallée maraîchère. Curieusement, le lopin de Madjepi subit le déferlement des eaux ramassées depuis les hauteurs de notre coteau et qui contournèrent la clôture fortifiée d’une villa qui lui faisait face. Ces eaux dévalèrent donc l’escarpement en décuplant de rage pour labourer la parcelle d’une balafre vénéneuse après avoir traversé la rue Notable.

 

    La rue Notable, couverte en partie par une vieille asphalte ne tarde pas à s’embrouiller et à ressembler à toutes ses consœurs dont elle partage le sort par la suite.  Généreuse, elle ne répugne pas de servir de repère, même de prêter son nom élitiste à quantité de rues bâtardes et innommées qui de leur sinuosité de pistes tracées à la main gauche lui vont parallèles. C’est une rue choc, une rue deux tons qui partage tout, les classes sociales et autre chose. Par en haut, sur une centaine des mètres s’étalent quelques habitations prestigieuses qui semblent vouloir prolonger l’architecture bourgeoise qui couronne les abords de la cité universitaire. Par en bas des taudis désespérés qui entre autres partagent aussi l’électricité de leurs riches voisins en la pêchant par des échalas de bambous desséchés qui soutiennent un hasardeux réseau de bouts de câbles et fils électriques. Ce terrible rafistolage atterrit par endroits pour disparaître sous terre : l’on ne sait pas s’il s’agit du courant aérien ou souterrain. Quelques habitants d’en bas se raccordent aussi trivialement à la conduite mère de distribution d’eau en tuyautant quelques robinets qui crachent du vide à longueur des journées telles des gargouilles aphones ; l’eau ne jaillit pas souvent faute de pression suffisante. Heureusement pour eux dirait-on le pied de la colline est une zone aquifère jalonnée d’une multitude de puits. Le fait que ces gens de basse classe soient facturés officiellement pour l’eau et l’électricité leur donne comme une sorte de carte d’identité signant leur appartenance à la grande communauté nationale. Bien sûr que l’Etat les connaît mais leur complexe se justifierait par la posture d’humiliation que leur infligerait cette même rue Notable qui semble trancher entre les frontières de l’urbanisation ad hoc et celle sauvage et cavalière mais tolérée quand même par un pouvoir public par trop hostile aux habitations voyoutes . Ce que l’on interdit c’est bien ce qui tente. C’est ainsi que s’était bâtie une agglomération que d’aucuns désignent par quartier Verckys. Verckys, l’auteur même de l’inaltérable chanson Nokimitunaka(Je me le demande). Le quartier Verckys qui n’en est pas un est plutôt un sous-quartier, si le terme n’existait pas on l’aurait inventé ne fut-ce que pour immortaliser un des occupants le plus emblématique qui habitait autrefois ce rayon d’où en cette nuit pluvieuse l’érosion ouverte semblait vouloir chasser Madjepi.

 

        Armé de sa pelle Madjepi ne sut par quel bout arrêter l’érosion. À l’emporte pièce il pesa de tout son poids sur l’instrument qui piocha une dérisoire motte. Les gouttes de pluie qui tombaient dru se chargèrent à l’instant de faire fondre cette médiocre pelletée. Madjepi ne projeta donc qu’une simple bouchée recueillie comme avec une vulgaire cuiller. Il réajusta la deuxième tentative et obtint un morceau un peu plus compact, presque une brique qui une fois lancée dans la crevasse fut aussitôt emportée par la déferlante.

 

    Dans une illumination soudaine Madjepi réalisa qu’il gardait dans sa bicoque quelques sacs vides qu’il comptait remplir avec du sable pour renforcer les bordures de son lopin ; c’était une tache qu’il se réservait pour le Salongo (la corvée) du samedi qui allait arriver dans deux jours. Ces sacs étaient donc la panacée qui s’imposait à l’instant. Les sacs pris Madjepi risqua son va-tout en escaladant les trois mètres qui séparaient son terrain du niveau de la rue pour tenter de contrer le flot en amont de sa propriété.

 

    Il pleuvait des lanières qui flagellaient sans merci le corps de Madjepi. Mais celui-ci dut batailler ferme pour fendre les muscles……..

 

 

 

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